Crise en pologne : le métal jaune au service de la défense ?
L’Europe est en état d'alerte. La guerre en Ukraine a réveillé des tensions géopolitiques latentes, et la demande de modernisation des armées s'intensifie. Alors que l'investissement mondial dans la défense a progressé, un pays se trouve face à un dilemme : vendre ses réserves d'or pour financer ses ambitions militaires. La Pologne envisage une mesure inédite, suscitant des débats internes et des interrogations sur les limites d'une telle stratégie.
Un investissement mondial en hausse, mais des défis pour la pologne
L'investissement mondial dans la défense a atteint 2,63 billions de dollars en 2025, une augmentation de 2,5% par rapport à l'année précédente, selon le rapport Military Balance 2026 de l'Institut International pour les Études Stratégiques (IISS). Cette progression est particulièrement notable en Europe, où la part du continent dans les dépenses mondiales a bondi de 16,8% en 2022 à 21,4% en 2025, un bond de 4,5 points en trois ans. Les États-Unis restent le leader incontesté, avec un budget de 968 milliards de dollars, en hausse de 3,5% par rapport à 2024.
La Pologne, quant à elle, a vu ses dépenses militaires augmenter de manière significative depuis 2022, atteignant 4,1% du PIB. Cet effort s'inscrit dans un contexte de préoccupations sécuritaires croissantes, exacerbées par l'invasion russe de l'Ukraine. Le pays ambitionne désormais de consacrer 4,8% de son PIB à la défense en 2026, soit environ 34 600 millions de dollars. Cependant, cette ambition se heurte à des contraintes budgétaires importantes.
Le plan audacieux du gouvernement polonais : vendre l'or des réserves
Face à un déficit budgétaire croissant, le gouvernement polonais envisage une solution radicale : vendre une partie de ses réserves d'or. Le Banque Nationale de Pologne, sous l'impulsion de son gouverneur, Adam Glapiński, a proposé de liquider 11 215 millions d'euros de réserves, estimées à environ 570 tonnes, pour financer des projets de défense. Si cette proposition était approuvée, le central pourrait injecter jusqu'à 14 019 millions d'euros dans le secteur militaire durant l'année en cours.
Le contexte économique du pays est préoccupant. En 2025, le déficit fiscal et la dette publique devraient atteindre respectivement 7% et 59% du PIB. La situation est d'autant plus délicate que près de 37% des dépenses militaires polonaises sont financées par des prêts accumulés auprès du Fonds de Soutien aux Forces Armées, un instrument extérieur au budget. Cette stratégie, bien que permettant une modernisation rapide, a contribué à l'augmentation de la dette nationale.
Difficultés et enjeux juridiques pour une opération délicate
L'initiative suscite des tensions au sein de l'exécutif. Le président polonais, Karol Nawrocki, hésite à approuver le projet, préférant explorer l'option de recourir aux fonds du Programme d'Action pour la Sécurité en Europe (SAFE) de l'Union Européenne. Cette proposition a rencontré l'opposition du ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, qui plaide pour l'acceptation des fonds européens. La Pologne est le principal bénéficiaire de ce système de prêts, avec une demande de 43 700 millions d'euros.
Mais le projet de loi, soumis au Parlement le 10 mars, doit obtenir 276 voix pour être adopté. Le gouvernement dispose d’un délai jusqu’au 20 mars. De plus, des obstacles juridiques se dressent. La loi polonaise interdit explicitement au Banque Nationale de Pologne de financer directement le gouvernement. Bien que des marges de manœuvre existent, notamment dans la gestion des réserves d'or en coordination avec le Banque Centrale Européenne (BCE), la légalité d'une telle opération reste sujette à débat. Le gouvernement a vendu une partie de ses réserves d'or durant le conflit soviétique en Afghanistan et durant le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero, mais le contexte est aujourd’hui différent.
L'espagne, un modèle inaccessible ?
L'Espagne consacre environ 33 123 millions d'euros à sa défense, soit 2% de son PIB, loin de l'objectif de 5% fixé par les États-Unis. Le pays dispose de 281 tonnes d'or, principalement détenues par la Banque d'Espagne, le BCE, et des institutions financières situées aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suisse. La vente des réserves d'or espagnoles, même si techniquement possible, est compromise par les réglementations européennes. Le Banque d'Espagne ne peut pas utiliser les revenus de la vente pour financer le déficit public ou le budget de l’État, car le produit serait intégré à ses réserves et non disponible pour des dépenses publiques.
La Pologne se lance dans une stratégie risquée, une tentative désespérée de moderniser ses forces armées. Cette démarche, bien que audacieuse, soulève des questions quant à la pérennité d’une telle politique et à ses conséquences sur l'économie nationale. La réponse à la question de savoir si une telle mesure est viable se trouve peut-être dans la capacité du pays à conjuguer ambition sécuritaire et discipline budgétaire.