Digi : la guerre en ukraine fait chuter les aspirations boursières du néo-acteur français

Le géant roumain des télécoms, DIGI, a brusquement mis de côté son projet d’introduction en bourse, victime directe des turbulences géopolitiques liées au conflit en Ukraine. Une décision loin d’être anodine pour le paysage concurrentiel français.

Un croissance impressionnante, mais une incertitude éprouvée

DIGI, qui s’impose désormais comme le quatrième opérateur français en termes d’abonnés – dépassant les 10,8 millions – avait jusqu’alors séduit par son modèle économique ultra-économique et sa stratégie de pénétration agressive. Les chiffres du dernier exercice fiscal sont néanmoins mitigés : 929 millions d’euros de revenus, une croissance de 20% sur l’année 2023, et une part de marché confortable de 13% sur le segment fibre et 12% sur la téléphonie mobile. Cependant, ces performances ne suffisent pas à masquer un problème structurel : DIGI a besoin de capitaux pour accélérer son déploiement et consolider sa position.

La direction, incarnée par Marius Varzaru, évoque une « instabilité des marchés de capitaux » comme justification principale de ce report. Il est clair que le contexte économique actuel, exacerbé par les tensions internationales, rend difficile l’évaluation d’une telle opération.

Le marché boursier, un miroir instable

Le marché boursier, un miroir instable

L’ambition de DIGI de lever des fonds via une introduction en bourse était, jusqu’à présent, perçue comme un signe de confiance dans son potentiel de croissance. Les analystes estimaient une valorisation entre 2 et 2,4 milliards d’euros, une somme jugée cruciale pour le développement de son infrastructure, notamment pour sortir du modèle d’itinérance avec Orange. Mais le marché actuel, marqué par une volatilité accrue, a contraint la société à reconsidérer ses plans.

Varzaru insiste sur le fait que la réaction des investisseurs a été positive, soulignant la qualité du projet de croissance et la stratégie déployée en Espagne. Il tempère toutefois en précisant que la décision est purement liée à la conjoncture économique. DIGI continue de surveiller attentivement l’évolution du contexte mondial et des marchés financiers, mais sans engagement précis sur une date de retour sur le marché.

Parallèlement, la société a sécurisé les droits de diffusion du Mondial 2026, une avancée significative qui, selon le CEO, « créera de nouvelles opportunités de croissance ». Pourtant, les défis persistent. Le taux de désabonnement des clients – « churn » – reste élevé, à 15,8% au cours de la première année, une augmentation de 3% par rapport à 2024. Ce chiffre constitue un frein majeur à la pérennité du modèle DIGI et pourrait dissuader certains investisseurs.

L'entreprise a déployé 13,7 millions de foyers avec fibre Smart, principalement en zones urbaines, et vise 21 millions d'ici 2030. Mais convaincre les analystes de la fiabilité de ce projet, face à ces incertitudes, s’avère une tâche ardue.

La situation est claire : DIGI doit impérativement renforcer sa position financière et démontrer sa capacité à maîtriser son « churn » pour attirer les investisseurs et poursuivre sa stratégie de croissance en France. La guerre en Ukraine a certes retardé son rêve de bourse, mais elle a aussi mis en lumière la fragilité de ses ambitions.