Espagne : le gaz russe en chute, l'us domine le marché – une stratégie diplomatique en jeu
Le mois de février 2026 marque un tournant dans l'approvisionnement énergétique espagnol. Les importations de gaz naturel ont bondi, mais pas comme une simple anticipation de la guerre en Ukraine. Derrière cette hausse se cache une reconfiguration profonde des sources d'approvisionnement, et une stratégie politique audacieuse.
Le gaz américain s'impose, mais la russie se redresse
Les chiffres sont saisissants : 31 422 GWh importés en février, soit une augmentation de 19,8% par rapport à février 2025. Cette remontée, loin d'être anecdotique, s'inscrit dans un contexte géopolitique complexe. Alors que le gaz naturel liquéfié (GNL) américain a consolidé sa position de premier fournisseur avec une progression de 14,6% (10 612 GWh), la Russie a vu ses volumes exploser de 109,2%, atteignant 4 582 GWh. Une reprise significative qui ne relève pas d'une simple anticipation de la guerre en Ukraine, mais d'une manœuvre calculée face aux restrictions européennes.
L'augmentation du GNL américain, qui a désormais une part de marché de 33,8%, s'inscrit dans une tendance de fond qui s'est accélérée depuis 2020. Les importations ont presque doublé entre 2020 et 2025, et l'année 2026 promet un nouveau record. Cette évolution s'accompagne d'une chute spectaculaire de la part du gaz russe, passant de 21,3% en 2024 à 11,4% en 2025, conséquence directe des mesures prises par l'Union européenne pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes.
L'Algérie, longtemps pilier de l'approvisionnement espagnol via le gazoduc Medgaz, a maintenu ses volumes à un niveau stable (9 151 GWh), mais sa part de marché a diminué. Cette stabilité est due à la flexibilité des contrats de gazoduc, moins exposés aux fluctuations des marchés financiers que le GNL. Cependant, la situation est délicate : la guerre en Ukraine a perturbé la chaîne d'approvisionnement mondiale de GNL, en particulier en raison du blocus de l'Ormuz, impactant les livraisons du Qatar. Une perte d'environ 20% du GNL mondial, dont l'Europe peine à compenser.

Une stratégie diplomatique en jeu
L'augmentation des achats de gaz russe est d'abord une conséquence de la volonté de Moscou de contourner les restrictions européennes, notamment en ciblant les marchés asiatiques. Mais il y a un détail : les États-Unis ont temporairement levé leur veto sur l'exportation de pétrole russe, cherchant à apaiser les tensions sur les prix. Cette manœuvre se traduit par une nouvelle dynamique : les entreprises russes, comme Novatek, accélèrent les livraisons tant que les contrats le permettent, avant que les nouvelles réglementations européennes ne soient pleinement appliquées.
La Commission européenne évalue actuellement la prolongation des délais d'entrée en vigueur des restrictions sur le gaz russe, face à une crise énergétique de plus en plus prégnante. La situation est compliquée par la disruption des livraisons de GNL qatari, qui a déclaré la force majeure. La Russie, de son côté, ne recule pas et menace de rediriger ses exportations vers des pays disposés à payer davantage, profitant de la crise pour renforcer sa position face à l'Europe. Le prix du gaz a ainsi fortement augmenté, illustrant les conséquences de cette reconfiguration.
La diplomatie