Espagne : une impasse française risquera de paralyser la transition énergétique
La pression monte sur Madrid. L’ambition écologique de l’Espagne, déjà bien avancée dans la transition vers les énergies renouvelables, se heurte à un obstacle majeur : la France. Un goulet d’étranglement énergétique, alimenté par une interconnexion terrestre limitée, menace de saboter les ambitions de l’Union Européenne.
Le blocage pirenaïque : un frein inattendu
L’Espagne, véritable île énergétique du pôle Ibérique avec le Portugal, se trouve confrontée à une réalité désagréable. La ligne de trait électrique reliant la France, la seule voie d’exportation viable pour son excédent de solaire, ne suffit pas. Avec une capacité d’à peine 3 000 MW, elle constitue une véritable limitation. Il s'agit d'une proportion infime par rapport à la puissance installée en Espagne.
Cette situation, déjà critiquée par les autorités espagnoles, est d’autant plus préoccupante dans un contexte géopolitique marqué par l'Ukraine et l'Iran. La dépendance énergétique est devenue une priorité absolue pour Bruxelles, et la France, malgré ses ambitions, apparaît comme un frein majeur.

Vers un câble sous-marin : une solution audacieuse
Face à ce constat, le gouvernement espagnol explore des alternatives. L'idée d'un câble sous-marin reliant la côte nord de l'Espagne à l'Irlande, une liaison d'environ 1 000 à 1 100 kilomètres, gagne du terrain. Un projet colossal, certes, mais potentiellement la clé pour débloquer l'énergie solaire espagnole. Cette initiative représente un pari technologique majeur.
Un premier accord a été trouvé entre l'Espagne et l'Irlande pour étudier la faisabilité de ce projet ambitieux, qui devrait voir le jour lors du WindEurope 2026. Bien que précoce, cet engagement est encourageant. Les deux marchés électriques, actuellement les moins interconnectés de l'Europe, doivent surmonter des défis considérables pour atteindre les objectifs de l'Union.
La situation est d'autant plus urgente que la capacité d'interconnexion actuelle, de seulement 2% sur une infrastructure de 150 GW, est loin des objectifs fixés par Bruxelles pour 2030. La guerre en Ukraine a exacerbé les vulnérabilités, et la crise du gaz accentue la nécessité de diversifier les sources d'énergie. L'Espagne, producteur solaire de premier plan, se retrouve donc face à un dilemme majeur.
Ce câble sous-marin pourrait permettre à l'Espagne d'exporter son surplus d'énergie solaire vers l'Europe, tandis que l'Irlande bénéficierait de sa production éolienne offshore. Une solution complexe, certes, mais qui pourrait redéfinir le paysage énergétique de la région. La perspective d'un tel projet, bien que lointaine, est un signal fort : la France doit dringendement reconsidérer sa position pour ne pas paralyser les efforts de l'Union.