Les géants de la tech se financent à crédit pour la révolution ia
La course à l'intelligence artificielle (IA) fait dérailler les finances des géants américains de la tech. Google, Meta et d'autres se tournent massivement vers l'endettement pour alimenter un boom de startups et construire l'infrastructure nécessaire. La nouvelle est sans équivoque : l'investissement massif dans l'IA exige des capitaux, et les entreprises ne reculent devant rien pour les obtenir.
Endettement massif : la tech au bord d'une nouvelle vague de prêts
L'enjeu est colossal. Pour développer des systèmes d'IA avancés et soutenir la prolifération de startups, les entreprises technologiques américaines ont entrepris une stratégie audacieuse : l'endettement. Google, Meta Platforms Inc. et d'autres géants ont déclaré nécessiter collectivement environ 650 milliards de dollars en investissements dans les infrastructures d'IA, notamment des centres de données et des réseaux.
La stratégie se traduit concrètement par des opérations financières inédites. En mars, Amazon.com Inc. a levé 14,5 milliards d'euros via l'émission d'obligations en Europe, la plus grande opération de ce type dans cette devise. Parallèlement, le géant du e-commerce a emprunté 37 milliards de dollars sur le marché américain, la quatrième plus grosse émission obligataire de l'année.
Cette vague d'emprunts contraste fortement avec la stratégie traditionnelle des géants de la tech, qui ont longtemps financé leur croissance avec leurs propres bénéfices. Mais l'IA représente un défi financier d'une ampleur sans précédent. Le secteur exige des investissements massifs, et les entreprises ont des besoins qui dépassent leurs réserves de trésorerie.
Les sociétés créent souvent des « véhicules à usage spécifique » (VUS), des entités juridiques distinctes, pour isoler financièrement les investissements liés à l'IA et protéger ainsi le bilan de l'entreprise. xAI, la société d'Elon Musk, a même levé 20 milliards de dollars via des VUS, en achetant des puces pour les louer ensuite à sa propre entreprise. Alphabet a récemment financé une entreprise spécialisée dans l'énergie propre pour alimenter ses centres de données, alors que le réseau électrique américain peine à répondre à la demande.
Alors, pourquoi emprunter plutôt que d'utiliser des fonds propres ou d'émettre des actions ? Les entreprises de Wall Street sont avides de prêter, et les VUS facilitent la gestion de la dette. Mais l'endettement comporte des risques : il peut fragiliser les finances des entreprises et limiter leur capacité à obtenir des prêts à bon marché à l'avenir. Une telle augmentation de l'emprunt pourrait aussi impacter les marchés de crédit, détournant les investissements d'autres secteurs.
Le marché a réagi avec une certaine inquiétude. À la fin de l'année dernière, une vague de financement de 100 milliards de dollars a été levée par les géants de la tech pour développer leur capacité cloud et leurs centres de données. Meta a même mis en place une structure complexe pour financer la construction d'un centre de données en Louisiane, un accord géré par un VUS qui permettra à l'entreprise de payer les créanciers par le biais d'une location à long terme.
Alphabet a même émis une obligation à 100 ans, une première pour une entreprise technologique depuis les années 1990, témoignant de la demande des investisseurs à long terme comme les assureurs et les fonds de pension. Cette opération, bien que rare, illustre la volonté des entreprises de sécuriser leur financement sur le long terme.
Pourtant, l'endettement reste un financement relativement faible par rapport aux dépenses totales en IA, qui se situent entre 80 et 90 % financées par les flux de trésorerie opérationnels. Mais la magnitude de ces financements a des implications profondes. Une surcapacité future, comme celle observée lors de la bulle internet, pourrait s'avérer coûteuse. L'IA transforme la finance, mais la question de sa rentabilité à long terme reste ouverte.
La course à l'IA se poursuit, alimentée par les prêts. Mais cette stratégie est-elle durable ?