Productivité : pissarides sonne le glas de l'euphorie de l'ia

L’économiste Christopher Pissarides, figure incontournable de l’analyse du marché du travail et lauréat du Prix Nobel, vient de porter un coup d’arrêt sévère aux espoirs d’une renaissance de la productivité en Occident grâce à l’intelligence artificielle. Sa récente interview avec Bloomberg News révèle une vision désabusée.

Un retour aux sources, ou l’absence de miracle technologique

Selon Pissarides, les promesses d’une accélération spectaculaire de la productivité, alimentées par les déclarations enthousiastes de chefs d’entreprise comme Jensen Huang (Nvidia) et Sam Altman (OpenAI), ne reposent sur aucun fondement solide. Jusqu’ici, les résultats concrets sont, selon lui, décevants. La réalité est bien plus prosaïque : le marché ne répond pas à la musique des investissements massifs.

Il souligne que seuls quelques secteurs, notamment le financier, pourraient connaître des gains de productivité significatifs, et même là, les chiffres actuels sont loin de justifier les projections optimistes. Il est important de noter que Pissarides a déjà, en 2023, souligné que les rapides hausses de productivité des années 80 et 90 ne se répéteraient pas.

Des experts, comme un employé d’OpenAI, mettent en avant les limites actuelles de l’IA en matière de conception. “Il faut reconnaître le mérite du cerveau humain”, affirme-t-il, rappelant que des emplois significatifs, estimé à 40% au Royaume-Uni, restent à l’abri de l’automatisation et ne bénéficieront pas de ces gains de productivité annoncés.

Une rupture de paradigme ? pas si certain

Une rupture de paradigme ? pas si certain

Le professeur de la London School of Economics insiste sur un point crucial : l’âge de la croissance de la productivité rapide est révolu. Il considère que nous devrions nous préparer à un modèle de croissance plus lent et plus fragile. Les discours sur la disruption radicale du marché du travail, déjà entendus dans le secteur technologique irlandais, ne sont donc que des illusions d'optique.

Pissarides a transformé notre compréhension des dynamiques du marché du travail, en mettant en lumière l’impact des politiques économiques sur l’emploi. Sa conclusion, après une récente conférence à Newcastle, est sans appel :