Royal hansen : l'ancien hacker de l0pht décrypte la menace ia
Avant de piloter la sécurité chez Google, Royal Hansen a flirté avec les marges de l'illégalité, membre du célèbre groupe de hackers L0pht. Une époque où la cybersécurité était un concept méconnu des institutions financières, Hansen utilisait le film Sneakers comme référence, expliquant ainsi à des banquiers perplexes ce qu'ils allaient faire. Aujourd'hui, Vice-Président de l'Ingénierie de la Vie Privée, de la Sécurité et de la Protection chez Google, il nous livre un éclairage sans concession sur la révolution de l'IA et ses implications pour la cybersécurité.
L'ia, alliée ou ennemie ? un double usage constant
L'intelligence artificielle n'est pas un phénomène nouveau chez Google. Son application, notamment pour bloquer le phishing et le spam via Gmail, remonte à plus de dix ans, suite à l'acquisition de DeepMind. Chaque jour, plus de 300 milliards d'emails transitent sur internet, dont 170 milliards sont des tentatives de phishing ou de spam. Une masse indigeste qu'une supervision humaine serait impossible à gérer. L'IA est donc devenue indispensable, mais elle a aussi modifié notre approche : nous nous concentrons désormais sur la définition de protections robustes plutôt que sur le contrôle de chaque étape du système.
Hansen insiste sur la nécessité d'accepter l'idée que la perfection est illusoire. Il préfère imaginer des “barrières de sécurité”, un peu comme des limites claires, plutôt que de chercher à anticiper chaque faille potentielle. La défense s'organise autour de cycles continus, comme en témoignent les projets Big Sleep, qui détecte les vulnérabilités pendant la nuit, et Code Mender, qui génère automatiquement des correctifs.

Une course sans fin entre attaquants et défenseurs
La cybersécurité est avant tout une compétition permanente. Les attaquants évoluent, les défenseurs s'adaptent. Hansen compare cette lutte à Matrix, évoquant la création de “centinelles” numériques, un peu comme des pulpos métalliques, qui surveillent en permanence l'infrastructure de Google à la recherche de données suspectes ou de vulnérabilités. Ces sentinelles automatisées peuvent, par exemple, modifier les contrôles d'accès ou supprimer du code inutilisé, agissant comme un système d'assainissement du réseau, débarrassant l'environnement des éléments à risque.
Mais la menace se concentre de plus en plus sur l'utilisation de l’IA par les attaquants, dépassant largement l’utilisation de cette technologie par les défenseurs. Un déséquilibre préoccupant. “Il faut absolument encourager les défenseurs à tester et maîtriser ces outils. C'est comme internet, comme un téléphone portable : il faut s'exercer.”

Le nerf de la guerre : l'argent et le défi
Les motivations des attaquants sont diverses. Pour certains, c'est la recherche de gains financiers, à travers des attaques de type ransomware où les données sont bloquées contre rançon. Pour d'autres, c'est le simple défi de percer les systèmes, de découvrir une faille et de la revendre. Ce désir de “briser parce qu'on le peut” rappelle l'esprit des premiers hackers, ceux avec lesquels Hansen a collaboré. Un esprit de curiosité et d'expérimentation, parfois sans intention malveillante, mais toujours avide de comprendre le fonctionnement des systèmes.
Google a d’ailleurs intégré certains de ces enthousiastes au sein de son “red team”, une équipe de hackers internes qui simulent des attaques pour tester la robustesse des systèmes. “Ils sont bien payés et peuvent hacker avec un objectif positif, ce qui est plutôt stimulant.”
“La réalité est qu'il y a un nombre limité de personnes mal intentionnées sur la planète. La clé est d'encourager les bonnes personnes à utiliser l'IA pour le bien.”